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Guerre commerciale : les États-Unis nuisent à leurs propres intérêts

2018-08-22  Source:APD NEWS 【Retourne une liste de】


Après des mois de menaces commerciales, l’administration Trump a annoncé une surtaxe de 25 % sur 34 milliards de dollars d’importations chinoises au début du mois de juillet, et menacé de surtaxer une nouvelle enveloppe de 16 milliards de dollars de biens. Pour défendre ses intérêts souverains, la Chine a imposé des droits de douane de 25 % sur 34 milliards de dollars d’importations américaines et a récemment annoncé des taxes supplémentaires de 25 % sur 16 autres milliards d’importations américaines avec une entrée en vigueur le 23 août.

L'année dernière, les menaces du président américain Donald Trump ont fait chuter les investissements chinois aux États-Unis à 29 milliards de dollars, contre 46 milliards de dollars un an plus tôt. Cette baisse était en partie due au désendettement en cours en Chine, mais surtout aux nouvelles règles très strictes des États-Unis sur l’acquisition de sociétés. Après des mois de guerre tarifaire, la courbe d’investissements chinois en 2018, y compris les désinvestissements d'actifs, est devenue négative aux États-Unis.

Ironiquement, les dommages collatéraux frapperont en grande partie les États-Unis. L’histoire montre que les économies avancées ont tendance à connaître des excédents dans le secteur des services, mais des déficits dans le commerce de biens, grâce à une productivité et une valeur ajoutée plus élevées. Les relations commerciales sino-américaines ne font pas exception.

Selon les données les plus récentes (2017), les exportations de biens américains vers la Chine s'élevaient à 130 milliards de dollars, tandis que les importations en provenance de Chine étaient de 506 milliards de dollars. Par conséquent, le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine était de 375 milliards de dollars. En revanche, les exportations de services américains vers la Chine se chiffraient à 54 milliards de dollars, tandis que les importations de services en provenance de Chine étaient seulement de 16 milliards de dollars (données de 2016). Par conséquent, l'excédent commercial des États-Unis dans le secteur des services était de 38 milliards de dollars.

La Chine exporte beaucoup plus de produits vers les États-Unis que l'inverse, ce qui signifie que les mesures de rétorsion chinoises couvrent déjà plus de biens américains (85 %) que les importations chinoises concernées par les surtaxes américaines (50 %). Alors que le conflit commercial en cours passe des droits de douane sur les marchandises en mesures non tarifaires sur les services, la Chine est susceptible de cibler les services américains. Toutefois, elle n’agira pas en premier.

Il y a quelques semaines, lorsque Donald Trump a déversé un torrent de tweets contre l'Allemagne et l'Union européenne, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné à juste titre qu'il était trompeur de se concentrer sur le commerce de biens, dans lequel les États-Unis ont un déficit commercial au profit de l’UE, alors qu’ils ont un excédent dans les échanges de services. Comme d'autres dirigeants européens, Angela Merkel soutient l’idée d’une « taxe numérique » visant les multinationales américaines telles qu'Amazon, Facebook et Google, qui sont sous le feu des critiques pour avoir nominalement déclaré leurs profits dans différents pays d’Europe pour payer moins d’impôts.

Ironie du sort, les tarifs douaniers de Donald Trump ont le potentiel de compromettre l'avantage concurrentiel le plus important des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : des services à valeur élevée et à forte marge de profit, que ce soit dans les technologies ou dans le secteur pharmaceutique.

Depuis 2001, le surplus des services américains vis-à-vis de la Chine a été multiplié par neuf. Houston, au Texas, est l’une des principales villes bénéficiaires de ce surplus. L'automne dernier, le maire Sylvester Turner a accompagné une délégation commerciale en Chine composée de cadres de l'énergie, d’administrateurs d'hôpitaux, de médecins, de chercheurs et d’entrepreneurs. Cette visite a fait avancer de nombreux projets de collaboration, y compris un centre médical basé sur des technologies importées et des services de conseil venant de Houston.

Une grande partie de l'excédent commercial des services américains peut être attribuée aux dépenses des voyageurs chinois dans les domaines des affaires, des soins et de l'éducation, ainsi qu'au nombre croissant d'entreprises chinoises innovantes qui dépensent en droits de licence et droits d’utilisation de propriété intellectuelle. Au Texas, les tarifs douaniers décidés par Donald Trump mettent désormais en péril de grands projets qui ont demandé des années de préparation.

À mesure que les dommages collatéraux se propageront, il en ira de même pour les coûts. Si les centres métropolitains américains connaissent de graves problèmes, les enjeux seront beaucoup plus importants pour les États. L'année dernière, les échanges commerciaux de la Californie avec la Chine ont totalisé 170 milliards de dollars, grâce notamment aux voitures électriques, aux moteurs, aux pièces automobiles et à l'aluminium. « Une guerre commerciale est stupide », affirmait d’ailleurs le gouverneur de la Californie, Jerry Brown. Parmi les États américains, la Californie, qui est déjà confrontée à un déficit budgétaire de 1,6 milliard de dollars, est celui qui souffrira le plus si Donald Trump intensifie sa guerre tarifaire.

Pourtant, cela ne pourrait être qu’un début. Si une guerre commerciale déborde des biens vers les services, ni la Silicon Valley, ni Hollywood ne resteront à l’abri.

En aggravant les tensions commerciales, l’administration Trump met en péril les excédents de services américains, non seulement vis-à-vis de la Chine, mais aussi de ses autres « cibles pour cause de déficit ». Donald Trump rêve de vaincre la Chine dans une guerre commerciale et d'utiliser cet exemple pour forcer d'autres pays, notamment les membres de l'UE, le Canada, le Mexique, le Japon et la Corée du Sud, à demander grâce. C'est l’objectif final de la Maison-Blanche : premièrement, « choquer et impressionner » les adversaires commerciaux, puis négocier les meilleures conditions pour les États-Unis, « l’Amérique d’abord ».

Cependant, la Maison-Blanche sous-estime fortement la résilience de l'économie chinoise et de son peuple. De plus, les guerres tarifaires américaines contre ses partenaires en Europe, en Amérique du Nord et dans la région Asie-Pacifique ne se jouent pas sur une question de principe, mais sur une question de temps.

L'auteur est le fondateur de Difference Group. Il a travaillé en Inde, en Chine et aux États-Unis, et en tant que chercheur invité aux Instituts d'études internationales de Shanghai (Chine) et au Centre de l’Union européenne (Singapour).